Dans son journal d’un confiné, Guillaume de Brébisson compare la situation actuelle à la thérapie primale inventée par Artur Janov. 


Rester chez soi, entre quatre murs, seul ou en petit comité, n’est pas sans conséquence. Cela renvoie inévitablement à l’intériorité puisque la plupart des fuites se trouvent fermées d’un coup. Il reste bien entendu des échappatoires : télévision, Internet, jeux vidéo, musique, lecture, écriture…

Mais le rythme temporel, habituellement cadencé par le travail, l’école, la nourrice, les dîners à l’extérieur, les sorties entre amis, devient plus lâche, plus flou. Impossible de se couper de soi-même en se plongeant dans le travail ou en riant à la pause entre collègues. Impossible d’oublier son conjoint ou ses enfants en allant faire du sport entre amis. Et puis, ils sont là en permanence ! Sans cesse, le confinement nous ramène à nous-même et à nos proches, qui sont comme l’extension de notre être.

Un confinement primal ?

Cela m’évoque la thérapie primale inventée par Arthur Janov. Le patient était à l’isolement pendant trois semaines, avec interdiction de lire, de regarder la télévision, d’écouter de la musique, de sortir de sa chambre. Tout juste pouvait-il écrire sur le bloc-notes laissé à son intention.

Et puis, une heure par jour, il avait une séance de thérapie. Considérée par beaucoup comme extrêmement brutale, la thérapie primale obtenait des résultats impressionnants en un temps record. Les patients vivaient des prises de conscience intenses (les insights), des remontées d’inconscient impossibles à endiguer, ils passaient par toutes les phases du retournement intérieur. Les séances de thérapie étaient souvent bruyantes, avec des manifestations corporelles multiples et impressionnantes (les primals). Et puis, soudain, venait le calme intérieur, une forme de sérénité tranquille : le patient était guéri. Il était devenu « normal » selon Janov (Le cri primal, Arthur Janov).

Cette thérapie ne convenait pas à tout le monde. Autant certaines guérisons étaient spectaculaires et rapides, autant certains patients sortaient de là en état de choc, avec de grandes difficultés à reprendre pied dans la réalité, et une sorte d’hébétude qui rendait difficile leur traitement ultérieur à l’aide d’autres méthodes, comme le raconte Gerda Boyesen dans Psyché et soma.

Un confinement global !

Il me semble que le confinement récemment décrété, et qui a toutes les chances d’être prolongé au-delà de deux semaines (il a dépassé les six semaines en Chine, où il n’est pas encore levé), nous propose de vivre une expérience comparable à celle proposée par Arthur Janov.

Suivant les circonstances propres à chacun, cette expérience sera d’intensité variable. Ce n’est pas la même chose de se retrouver seul dans un studio à Paris ou à cinq dans une grande maison à la campagne. L’âge, le sexe, le réseau familial, le degré de maîtrise des nouvelles technologies, le mode de vie antérieur, le degré de familiarité avec ses états internes, et bien d’autres facteurs joueront sans doute un rôle d’atténuation ou d’intensification de cette plongée dans l’inconscient. Mais chacun est appelé à vivre cette plongée au degré de profondeur le plus juste pour lui.

Et ce qu’il y a d’extraordinaire dans cette expérience, c’est que la totalité de la population appartenant au monde développé va la vivre ensemble, à peu près simultanément ! Volontaires ou pas, nous sommes tous envoyés en thérapie intensive en même temps. Pour certains, ce sera une thérapie individuelle, pour d’autres une thérapie relationnelle. Mais tous, nous sommes encouragés à plonger en nous-mêmes pour ré-examiner nos valeurs réelles, nos désirs les plus profonds, identifier la voie de notre épanouissement, et nous interroger sur la cohérence entre ces valeurs, ces désirs cet épanouissement et la vie que nous menons aujourd’hui.

Guillaume de Brébisson

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