Choisit-on vraiment son thérapeute par hasard ?

 

Comment une personne désireuse de suivre une thérapie navigue sur internet ou se plante devant des cartes de visite et choisit d’appeler très exactement le thérapeute qui peut d’autant mieux l’aider qu’il lui ressemble quelque part ?

 

Richard Benguigui

 

Karine[*] a longtemps été agoraphobe, sa première cliente l’est aussi. Un hasard ? Pas forcément. Une trentaine de thérapeutes, fraîchement issus de l’Ecole de psychologie biodynamique, témoignent ici. Tous attestent de l’existence d’un lien avec leurs premiers clients, même si, d’un cas à l’autre, de sérieuses nuances apparaissent. Il est ainsi des clients qui ressemblent à leur thérapeute …

… totalement

Tel professionnel était dépressif, son premier client l’est aussi, une autre était border-line, sa première cliente également. Ces cas, parce qu’ils sont les plus flagrants, remontent le plus facilement à la mémoire.

Pierre, par exemple, se souvient parfaitement de la première personne qui l’a approché comme thérapeute. Et pour cause. « Il était musicien comme moi. On lui disait combien il pourrait mieux utiliser son potentiel, une situation que je connais par cœur. Au départ, il était dans une relation de dépendance avec une fille, il avait le sentiment qu’il ne pourrait jamais y en avoir une autre. Les mots qu’il utilisait avaient très exactement été les miens peu de temps auparavant. J’étais super compatissant parce que je connaissais ça très bien. Je savais comment faire, quoi lui dire. »

… un petit peu…

Pour d’autres thérapeutes, le lien ne saute pas aux yeux immédiatement. Dans ce cas, l’histoire n’est pas la même mais il y a quelque chose de commun dans la structure, dans le caractère qui apparaît au fil du temps.

Clara a observé des similitudes entre elle et ses clients « au niveau du processus, des pathologies mais aussi de l’âge, du style de vie ».

« Mes premiers patients avaient tous une nette dominante masochiste, analyse Paulo avec le recul. On peut dire qu’ils avaient la même structure que moi, qu’ils avaient la même problématique : le besoin de prendre en charge, de « réparer » les autres, tout en se sacrifiant. Mais cette propension est inhérente à la structure, elle la définit presque à elle seule. Une fois que cette propension a été non seulement conscientisée mais « guérie », ma patientèle s’est beaucoup diversifiée ».

…. pas du tout…

Pour d’autres, enfin, la résonance n’existe pas. Enfin de prime abord car lorsque l’on pousse l’investigation, un lien apparaît qui dépasse la simple ressemblance ou même la structure. La relation prend un sens particulier.

Ainsi, Noemie se rend compte, au fil d’une discussion, que sa première cliente est ce qu’elle aurait pu elle-même devenir. « C’était une femme super stressée par son travail et qui en est devenue malade. Si je réfléchis à mon parcours, j’étais programmée pour prendre le même chemin. C’est peut-être pour cela que j’ai pu l’aider ».

Sandra, elle non plus, ne voit pas le lien immédiatement avec Franck qui est, alors, son seul client. Et puis en y réfléchissant, elle saisit un fil : « C’est vrai qu’il ressemble à mon père. Pas physiquement mais dans sa façon de fuir, dans son immaturité. Et moi, je le protège comme je le faisais avec mon père ». Elle comprend alors pourquoi elle n’a pu jusqu’ici avoir d’autres clients. Il est difficile d’avoir plusieurs pères…

Ces clients qui guérissent leur thérapeute !

Cette relation entre le thérapeute et son client n’est pas figée. Elle semble évoluer à mesure qu’évolue le thérapeute… Ainsi, reprenons le cas de Karine. Tout en commençant à exercer son métier de thérapeute, elle continue à travailler sur elle et à chaque fois qu’une thématique se présente, un ou plusieurs clients arrivent avec ce même thème, ce qui élargit au fil des mois sa clientèle. Parfois, elle a l’impression de n’avoir que quelques jours d’avance. D’autre fois, elle est encore dans le chaudron et le client semble venir comme pour l’aider à y voir plus clair. Dans ce cas, le client semble être là pour faciliter cette prise de distance. Comme un effet loupe.

« Je me dis parfois que c’est moi qui devrait leur donner de l’argent », s’amuse Patrick.

« Avec mon premier client musicien, observe Pierre, la thérapie a cheminé de manière très étrange. Cela suivait à la semaine près les questions que je me posais, juste après que cela soit résolu ou parfois juste avant ».

Le mystère de la relation

Plus étrange encore, Sophie a, elle, rencontré ce phénomène en dehors de toute séance : « Pendant les vacances d’été, j’ai réglé une problématique chez moi. Elle était également présente chez l’un de mes clients. A la rentrée, lorsque nous nous sommes revus, elle avait disparu chez lui aussi ».

« Quand moi je règle un truc, il y a un client qui arrive, ça ouvre quelque chose en moi dans ma capacité de thérapeute et cela les fait venir. Plus on nettoie, plus on est en capacité d’être thérapeute », confirme Claire.

Avec un piège à éviter toutefois : vouloir aller trop vite…. « Ces premiers clients, explique Caroline, nous apprennent à accompagner la réparation sans forcément passer par les étapes qui furent les nôtres. Il est parfois difficile de ne pas donner la solution toute faite au client parce qu’on est passé par là. Il faut le laisser cheminer lui même et trouver ses propres réponses, ses propres mots…. ».

Comment expliquer ces résonances ? Des pistes existent qui feront l’objet d’un prochain article même si la relation thérapeutique, comme toute relation humaine, garde une part de mystère. Et c’est sans doute mieux ainsi.

Richard Benguigui

[*] Pour respecter leur anonymat, les prénoms des thérapeutes ont été changés.

A suivre : comment s’expliquent ces synchronicités ?

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