Les conséquences du port du masque chez les enfants

L’obligation du port du masque dès l’âge de six ans impacte la santé des enfants mais des conséquences psychologiques tout aussi profondes commencent aussi à se dessiner.

Dans son cabinet de la région lyonnaise, Isabelle Vercherat, thérapeute psychocorporelle, observe les dessins des enfants, plus noirs depuis le premier confinement. Les maisons sont closes, les couleurs moins vives.

Comme d’autres thérapeutes, elle accompagne des petits qui cumulent les symptômes liés à l’obligation du port du masque : montée de l’anxiété, du stress, des maladies de peau, problèmes respiratoires, sans parler de l’addiction aux écrans liée aux confinements…. Nombre d’orthophonistes avec qui elle travaille voient se développer des troubles de l’acquisition du langage dès la maternelle.

« Les enfants apprennent par mimétisme et s’ils ne voient plus les lèvres, les expressions, les mimiques, il peut y avoir comme un blanc », confirme Christiane Lewin, directrice de l’Ecole de Psychologie Biodynamique.

Elle cite des études du psychiatre Edward Tronick faites aux Etats-Unis qui montrent comment réagit le nouveau-né quand le visage de la mère demeure figé. « Dans un premier temps, il tente de la faire réagir puis très vite, il se détourne et il est difficile ensuite de rétablir le lien. Sous le masque, le bébé ne peut voir les mimiques de sa mère. A part les yeux, tout est figé.»

Incidemment Christiane Lewin s’attend à une autre conséquence du port du masque.« Les enfants doivent décrypter dans les yeux de l’autre les émotions, ce que dit la personne. Cela peut amener à un sur-développement de la sphère oculaire qui stimule le mental au détriment des autres sens ».

Montée de la violence dans les cours de récréation

Margaux, en formation en Psychologie Biodynamique, travaille dans le milieu périscolaire. Dans la cour de récréation de son école primaire, elle note déjà une montée de la violence entre élèves. « Puisqu’ils ne peuvent plus se toucher, les enfants se donnent des coups de pied ». Elle constate aussi un recul de l’autonomie. « A la cantine par exemple, les enfants même à douze ans, sont servis à table car ils ne peuvent pas toucher la même cuillère que leur voisin. ».

A cette perte d’autonomie, s’ajoute pour Isabelle Vercherat une sur-responsabilisation. « Les enfants sont considérés comme responsables si les autres deviennent malades. Ceux que je vois en cabinet sont dans une culpabilité qu’ils n’ont pas à porter et les déstabilise beaucoup ».

Conflits intérieurs liés à l’incohérence des messages

« On sait que les enfants captent le milieu ambiant et dans cette folie collective, bien sûr qu’ils font les éponges en reprenant les peurs à leur compte », poursuit Isabelle Vercherat.

Elle raconte comment les enfants dénoncent ceux qui baissent le masque. « Cela leur rajoute un stress qui inhibe leur apprentissage. Et ces règles supplémentaires touchent leur liberté corporelle ».

Pour garder au monde un semblant de cohérence, Soizic Quintin, thérapeute en Psychologie Biodynamique dans la région Grand sud, conseille aux parents, quelles que soient leurs convictions, qu’ils soient dans la peur du virus ou la colère contre les mesures gouvernementales, de ne pas se servir des enfants pour porter leurs valeurs à l’école.

Caroline Jeannet, thérapeute psycho-corporelle, co-fondatrice d’un collectif de parents d’élèves en Alsace, même si elle partage l’idée que les jeunes enfants ne doivent pas être activement mis à contribution dans les actions militantes de leurs parents, dit « avoir du mal à construire de la cohérence sur une situation déjà si incohérente à la base ».« La cohérence pour l’enfant n‘est-elle pas avant tout intimement liée à la cohérence interne des parents, voire à leur éthique ? »

Elle insiste sur le manque de sensibilisation et d’information des parents qui participe selon elle, à long terme, aux conséquences du port du masque dans sa banalisation sur une génération entière d’enfants.

« Je comprends, c’est inhumain ce que l’on fait aux enfants, répond Isabelle Vercherat, mais ce que je vois en cabinet, c’est que les enfants qui vont le plus mal sont ceux qui sont mis en porte-à-faux. Je vois arriver des parents très en colère et l’enfant ne sait plus car il y a l’enseignant qui dit « faut porter le masque » et le parent qui est contre. Je crois qu’il faut parler aux enfants mais que cela dépend de l’âge de l’enfant et que les plus petits, mieux vaut les préserver. »

Inversion des valeurs dans la cellule familiale

Cette obligation du port du masque provoque également, selon elle, une perte des repères, une inversion totale des valeurs de la famille. « On exige des enfants qu’ils s’adaptent comme des adultes et on infantilise les adultes en les culpabilisant comme des enfants ! ».

« Les adultes qui sont censés protéger les enfants sont montrés comme des personnes fragiles pouvant être mises à mal par les enfants. Les grands-parents ne sont plus là pour les câlins et les temps de réassurance. Et les parents sont complètement infantilisés par la politique sanitaire actuelle. Les enfants voient leurs parents jouer avec les attestations pour sortir voir leurs copains. Ils voient leurs parents fonctionner un peu comme des enfants qui essaient de se sortir d’un truc complètement fou. »

Carole Vaskou, thérapeute en Psychologie Biodynamique dans l’Hérault, évoque de nombreux enseignants opposés au port du masque mais la cohérence du message envoyé aux enfants, là aussi, est troublée. « Il y a un décalage entre ce qui leur est dit et ce qu’ils perçoivent. »

« Non, c’est interdit maman »

Dans le cas d’enfants pris entre deux feux, angoissés par ce qu’il se passe autour d’eux, « une manière d’agir, observe Dominique Gutierrez, thérapeute et formatrice, est de jouer la complicité avec l’enfant, de dédramatiser, de montrer que tout le panel de réactions existe et de jouer avec ça, qu’on enlève de la gravité parce que le drame les amène à la culpabilité. »

Si l’élan est évidemment coupé par cette politique sanitaire, elle propose de jouer avec pour voir comment transformer cet empêchement, dans le respect de l’autre.« Moi, j’ai l’élan de te faire un bisou. Et toi ? »

Il est sans doute trop tôt pour prévoir toutes les conséquences du port du masque chez les enfants.

Dominique Gutierrez raconte une histoire glaçante, celle d’une enfant de deux ans qui pleure en arrivant en crèche et que sa mère veut rassurer en l’embrassant. « Non, c’est interdit maman », lui répond la petite fille.

Fort heureusement, Isabelle Vercherat livre un autre témoignage plus rassurant. Des personnels de crèche disent voir des enfants au moment de la séparation avec la mère, arracher leur masque pour leur faire un bisou. 

« C’est encore vivant ».

R.B.

PS :  cet article est issu d’une réunion zoom qui a eu lieu le 14 décembre sous forme d’échanges entre thérapeutes biodynamiciens.

 

Photo de une © Costfoto/SPUS/ABACA

Paroles d’enfants

 

F. 6ans … »je ne veux pas mettre le masque, je vais tuer Macron »

M. 5 ans 1/2….(premier jour) je ne veux pas mettre le masque !
Quelques jours plus tard : « j’aime bien le masque, ca me tient chaud ».

« Ca me fait peur car il y a quelques jours ma mère a eu le Covid comme d’autres personnes de son travail ».

J., 6ans …. »je vais loin des gens qui n’ont pas le masque, ils vont me donner le covid’.

 

Une institutrice d’école maternelle raconte que les enfants sont comme des petits soldats, bien obéissants sur les places marquées dans la cour, dans la classe. …

Parfois la spontanéité revient et là, il y a toujours quelqu’un qui vient les arrêter dans leur élan pour les remettre a distance. Elle dit en souffrir beaucoup.

Une autre institutrice s’est mise en arrêt de travail, ne supportant pas la contrainte qu’elle doit imposer aux enfants de sa classe.

Une enfant de 5 ans toute triste dit à ses copains : c’est mon anniversaire, vous ne pouvez pas venir chez moi….il pleure. Un copain lui dit : pleure pas je t’enverrai une carte.

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