Comprendre le stress avec le cycle vasomoteur

brouillon

Par Patrick Benoiton. Tableau : Cécile Chambre. 

Le réflexe de sursaut et le cycle vasomoteur sont à la base de la psychologie biodynamique. Ils montrent comment le stress s’installe souvent dans un état permanent. 

Un coup de klaxon dans la rue, une agression, parfois le simple téléphone qui sonne : le « réflexe de sursaut », se manifeste en cas d’urgence, d’attaque, de stess, même minime.

Ce qui est en cours est subitement interrompu. Chez l’homme et les mammifères, la respiration est bloquée à la phase haute de l’inspiration, pour avoir suffisamment de souffle pour pousser un cri ou appeler au secours. Le corps se redresse pour montrer qu’il est prêt à intervenir. Les muscles fléchisseurs se contractent, prêt à agir. Nos sens sont en hyper-vigilance pour se renseigner sur la particularité du danger.

Si, ce que nous avons pris pour un danger n’est plus menaçant, la vie retrouve son cours normal : la respiration reprend, les muscles se décontractent, nos sens reprennent leur captation habituel, la circulation libidinale reprend. L’équilibre de départ est retrouvé. En revanche, si le danger perdure, l’organisme va passer à une autre phase celle de l’action, ou plutôt de la réaction.

Dans le monde animal, au moins chez les reptiles et les mammifères, deux réflexes sont observées : l’attaque et la fuite. Un troisième fait son apparition en cas d’incapacité, voire d’inutilité, de l’un ou de l’autre : l’immobilité. Ces actes réflexes – qui ne sont donc pas volontaires même chez l’être humain – permettent de répondre de la manière la plus appropriée au danger persistant. Elles permettent la décharge de l’énergie mobilisée lors du réflexe de sursaut.

Le psychologue américain, Peter Levine, a observé cette stratégie dans la nature. En observant la fuite des Impala en réponse à l’attaque d’un guépard, il montre comment un jeune impala qui est tombé au sol,« s’abandonne à l’imminence de sa mort alors qu’il n’est peut-être pas encore blessé. L’animal blessé n’imite pas la mort. Instinctivement, il est entré dans un état de conscience modifié que connaissent tous les mammifères lorsque leur mort semble imminente. »

Ce phénomène, on l’observe y compris au niveau de la cellule qui a la faculté de retrouver son état d’origine après un stress. C’est ce qu’en psychologie biodynamique, est appelé le cycle vasomoteur.

 

 

Après le stimulus (attaque, agression, danger), suit une phase de montée en charge (le réflexe de sursaut) à tous les niveaux de l’être. C’est le système nerveux sympathique qui est aux commandes.

Au point fort de cette montée en charge, l’organisme a besoin d’évacuer la tension et l’énergie accumulées. C’est la décharge. Une action se met en place (l’attaque ou la fuite). Au niveau végétatif, on remarque une action neuromusculaire, un ou des actes. Au niveau émotionnel, des paroles, des cris ou des pleurs. Au niveau cognitif, cela se traduit par l’expression verbale, la prise de décision ou/et la compréhension de cette montée de stress. En cas d’impossibilité de l’une ou l’autre, il n’y a pas d’action. L’immobilité devant l’évènement empêche toute montée en charge. Le cycle est interrompu.

Une fois l’action terminée, se met en place une phase d’intégration qui permet de revenir à l’état d’origine. Au niveau végétatif, on observe une ouverture du processus psycho péristaltique, une évacuation des déchets fluides et une nouvelle détente intestinale. Au niveau émotionnel, l’être récupère, il est soulagé et ses muscles volontaires se relâchent. Au niveau cognitif, on voit une prise de conscience de ce qui vient de se passer avec une nouvelle représentation de la situation et une réassurance dans ses capacités. Dans cette dernière phase le système parasympathique est aux commandes.

Enfin, il y a une phase qui est primordiale pour la psychologie biodynamique, l’état de repos lors duquel on observe un état de calme complet au niveau végétatif comme émotionnel et un silence mental au niveau cognitif. L’action, en réponse au stimulus extérieur, est totalement digérée et intégrée, l’être humain retrouve sont état original d’équilibre, l’homéostasie, l’état que la psychologie nomme le bien-être indépendant. Le système parasympathique est très actif avec la digestion de l’événement via le psycho-péristaltisme. A la fin de cette phase, l’être est prêt à une nouvelle expérience.

Pourquoi chez l’homme le système s’enraie-t-il ?

Alors que chez les animaux – sauf les animaux domestiqués par l’homme…- ce cycle fonctionne parfaitement, l’être humain a une grande difficulté à agir à l’origine du stress et donc à l’intégrer. Et cette difficulté vient de sa capacité à raisonner. Le néocortex, qui nous permet de raisonner, peut nous plonger dans la confusion quand il nous faut agir face à un événement menaçant.

En effet, alors que chez l’animal l’évaluation entre fuite et combat est instinctuel (l’impala ne soupèse pas le pour et le contre de la fuite ou de l’attaque devant l’arrivée du guépard…), l‘être humain va en plus évaluer la bonne action à avoir. Et c’est sa difficulté. Dans la nature, l’homme est à la fois un prédateur et une proie et il a l’expérience des deux qui est ancrée dans ses cellules et dans sa mémoire.

Peter Levine explique très bien le pourquoi de cette différence et ces conséquences : « Lorsqu’il est confronté à une situation qui met sa vie en danger, son cerveau rationnel peut le rendre confus et prendre le dessus sur ses pulsions instinctives. Même si cette primauté a été acquise pour de bonnes raisons, la confusion qui l’accompagne plante le décor de ce que j’appelle le « complexe de Méduse », le drame du traumatisme. Comme dans le mythe grec de Méduse, la confusion, qui survient lorsque l’homme regarde la mort dans les yeux, le transforme en pierre. Il se fige littéralement de peur, ce qui engendre l’apparition des symptômes traumatiques. »

Alors que les systèmes végétatifs et émotionnels vont avoir l’envie d’agir, le système cognitif va freiner voire réprimer toute action pour rester dans l’inaction. Le cycle vaso-moteur est bloqué, il n’y a pas de décharge. L’énergie résiduelle reste bloquée dans le corps et peut provoquer nombre de symptômes tel que l’anxiété, la dépression ou des problèmes psychosomatiques ou comportementaux. L’être humain devient victime du traumatisme.

Patrick Benoiton

 

Share This