Comprendre la psychologie biodynamique. Extraits et vidéo

Le livre « Comprendre et pratiquer la psychologie biodynamique », signé par Guillaume de Brébisson, thérapeute psycho-corporel et Marc Brami, psychologue et psychothérapeute, est paru aux éditions Dunod. En voici un extrait.

Une vision de la relation entre le corps et l’esprit

Il peut aller de soi de distinguer le corps et l’esprit, et de considérer que chacune de ces deux entités est relativement indépendante de l’autre. Cette distinction, quasiment fondatrice de la pensée occidentale, est moins rigide aujourd’hui qu’au temps de Descartes: chacun peut désormais admettre que certaines pathologies somatiques ont une composante psychologique plus ou moins marquée. Même les plus rétifs aux explications psychologisantes reconnaîtront au moins le rôle possible du «stress». Mais même cette reconnaissance repose sur la dichotomie en question: on admet jusqu’à un certain point l’interdépendance des deux entités plutôt que d’affirmer leur indépendance, mais les deux entités sont toujours là!

Par conséquent, la vision qui en découle est qu’il existe des interventions possibles sur une des deux entités, qui peuvent avoir un effet sur l’autre : mais on intervient toujours sur l’une ou l’autre. La médecine «intervient sur le corps», en touchant à sa structure (par la chirurgie par exemple) ou à son fonctionnement (généralement par le biais de médicaments). Toute une branche de la médecine, la psychiatrie, utilise les outils de la médecine dans le but d’influer sur le psychisme : depuis les années 1950 et la découverte des premiers psychotropes, elle le fait beaucoup par voie médicamenteuse ; mais certaines voies chirurgicales ont été explorées (on pense à la lobotomie contre les psychoses, ou à la résection du corps calleux pour lutter contre certaines épilepsies résistantes). Les psychothérapies en général «interviennent sur l’esprit»; leur but premier est de soulager une souffrance perçue comme psychique par des outils «liés à l’esprit», au premier rang desquels évidemment on trouve la parole. Et l’on comprend bien que, par exemple, une intervention efficace sur ce plan pourra avoir des répercussions favorables sur le corps – par exemple en aidant la personne à « gérer son stress», on pourra réduire le risque d’une pathologie somatique liée à celui-ci.

À quelle entité s’adresseraient, maintenant, les interventions d’une thérapie basée sur l’idée d’une dichotomie corps-esprit moins profonde, à la délimitation moins nette, que l’on ne l’imagine généralement? Prenons le cas de l’angoisse : touche-t‑elle le corps, ou l’esprit? Quand je suis angoissé, j’ai un nœud dans le ventre, et/ou une douleur au plexus solaire, et/ou une lourdeur dans la poitrine, et/ou la gorge qui se serre, et/ou etc. Toutes ces manifestations s’accompagnent d’une douleur psychique, peut-être une impression que quelque chose de terrible va arriver, ou que le monde est irrémédiablement dangereux, etc. Soulager l’angoisse, est-ce donc soulager le corps, ou soulager l’esprit? Les manifestations somatiques sont-elles la source des manifestations psychiques, ou le contraire ?

D’une certaine manière, les thérapies psychocorporelles évacuent ces deux dernières questions. Soulager l’angoisse, pour reprendre notre exemple, revient à soulager les deux types de manifestations simultanément, quelle que soit la voie utilisée prioritairement. Donc d’une certaine manière, tout se passe comme si corps et esprit étaient, somme toute, la même chose. Toutes les thérapies psychocorporelles reposent –  plus ou moins explicitement –  sur cette reconnaissance de l’impossibilité de marquer de manière univoque la frontière entre ces deux entités, donc en dernière analyse de les considérer largement comme une entité unique. Certaines méthodes se centrent principalement sur une prise en compte profonde des sensations corporelles, sur l’écoute particulièrement fine des «messages du corps», et dénouent ainsi des symptômes perçus comme psychiques, sans que nécessairement la moindre mention soit faite des dimensions habituellement considérées comme telles (histoire personnelle, croyances, etc.). C’est le cas, par exemple, du Focusing d’Eugene Gendlin. D’autres vont plus loin et interviennent directement sur le corps, jusqu’à éventuellement s’affranchir de l’interdit, hérité de la psychanalyse, de toucher un patient. C’est le cas de la psychologie biodynamique, qui fait usage, entre autres (nombreux) outils, de massages. Gerda Boyesen, sa fondatrice, était particulièrement réputée pour dénouer les conflits psychiques les plus profonds en n’utilisant que ses mains – parfois sans comprendre la langue de son patient.

Avec l’aimable autorisation des éditions Dunod. Reproduction interdite

Le livre est en vente notamment sur les sites de la FNAC et d’Amazon.
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